Les aires d’accueil des gens du voyage étouffées par la pollution

Environ 300 000 personnes des gens du voyage en France, souvent itinérantes et vulnérables, subissent une injustice environnementale documentée pour la première fois de manière statistique.

Analyse IAavec
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Une récente étude publiée dans Nature Cities révèle la dure réalité de la surexposition aux nuisances subies par les gens du voyage, souvent « relégués dans des aires d’accueil » situées dans des zones fortement polluées et bruyantes. À la longue, ces nuisances finissent par affecter leur santé et leur qualité de vie.

Les familles des gens du voyage victimes d’« une injustice environnementale » en France

Cette nouvelle étude parue dans Nature Cities montre que la majorité des 1 500 aires d’accueil actives en France se trouvent à proximité immédiate de sources de pollution :  autoroutes et axes routiers très fréquentés, déchetteries et sites de recyclage, usines classées Seveso, zones industrielles ou stations d’épuration.

Ces implantations ne sont pas dues au hasard. Selon Léa Tardieu, chercheuse en économie de l’environnement et coauteure de l’étude, il s’agit de la « première preuve statistique d’une injustice environnementale ».

Les familles concernées subissent une « surexposition trois fois plus élevée » aux nuisances que le reste de la population, y compris les habitants déjà défavorisés des mêmes communes.

Aulnay-sous-Bois : vivre entre avions et poussière

À Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), la situation illustre parfaitement ce problème. Marc Scheitz, 44 ans, vit avec sa famille sur une aire censée être temporaire, coincée entre une ancienne décharge, une route saturée et un site industriel.

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« Souvent, cela fait un bruit de marteau-piqueur, et énormément de poussière », explique-t-il. Le vacarme est permanent : d’un côté les avions du Bourget et de Roissy, de l’autre le bruit incessant des voitures et camions.

À cela s’ajoutent des problèmes respiratoires grandissants. Denise Lagréné, 71 ans, résidente de l’aire, confie auprès du journal du Monde : « On mange de la poussière. »

Bronchites chroniques, asthme chez les enfants, allergies persistantes…, énumère dubasque.org. Les habitants voient leur santé se dégrader sans véritable solution proposée par les pouvoirs publics.

Pourquoi ces terrains sont-ils toujours mal situés ?

Deux principales raisons expliquent cette situation. D’une part, le choix de terrains à bas coût : les communes sélectionnent des terrains peu chers, généralement « à côté d’infrastructures polluantes, car personne d’autre n’en veut », sans tenir compte — ou en ignorant tout bonnement — « l’impact sur la santé » des occupants.

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D’autre part, les municipalités cherchent à « éloigner les gens du voyage des quartiers résidentiels ».

Philippe Delacote, coauteur de l’étude, parle d’une « discrimination environnementale systémique ». Il dénonce un mélange d’intérêts économiques et de rejet social, qu’il qualifie d’« antitsiganisme ».

Des conséquences graves sur la santé et la sécurité

Les nuisances ne sont pas seulement sonores ou olfactives. Elles ont des effets concrets sur la vie quotidienne : augmentation des maladies respiratoires, allergies et cancers inexpliqués, accidents liés à l’absence de trottoirs ou d’infrastructures sécurisées. « Nos poumons, c’est du béton ! » témoignent des habitants épuisés par cette situation.

Une urgence politique encore ignorée

Malgré les alertes répétées d’associations et de la Défenseure des droits, les améliorations tardent à venir. Les nouvelles subventions de l’État imposent désormais des critères environnementaux, mais cela ne résout pas le problème des aires déjà existantes. « Ils savent qu’on n’a pas le choix. », déplore Isabelle, sur l’aire d’Aulnay.


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