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Souvent décriés en Corse pour les nuisances qu’ils occasionneraient, les camping-cars font l’objet d’un débat passionné entre élus, professionnels du tourisme et habitants. Alors que derrière cette mauvaise réputation se cache pourtant une réalité économique difficile à ignorer : le tourisme itinérant rapporte gros à l’île.
Une clientèle majoritaire dans certains établissements
À Biguglia, Laurent Pradier, propriétaire du camping San Damiano, défend avec vigueur le rôle crucial des camping-caristes dans l’économie touristique locale. « J’ai pour 30 millions d’euros de camping-cars sur les emplacements qui leur sont dédiés », affirme-t-il.
Dans son établissement, « le tourisme itinérant représente pas moins de 76 % de la clientèle». Pour lui, cette image négative n’a pas lieu d’être : « Je ne comprends pas pourquoi il est si mal perçu en Corse ».
À lirePeut-on vraiment acheter un camping-car solaire Dacia à moins de 20 000 € en Europe ?De retour d’un séjour aux États-Unis en septembre 2024, il compare les approches culturelles : là-bas, explique-t-il, « le camping-car est un mode de vie à part entière, une véritable manne ». En d’autres termes, ce type de tourisme est valorisé outre-Atlantique, tandis qu’il reste stigmatisé sur l’île.
Une pratique qui divise les élus
Mais tout le monde ne partage pas cette vision. Ange-Pierre Vivoni, maire de Sisco, fait partie des élus farouchement opposés à ce type de vacanciers.
Selon lui, les camping-caristes sont sources de désagréments et de tensions. « J’ai eu à régler le cas d’un couple sur lequel on avait tiré à la chevrotine », confie-t-il à Corse matin. Il n’est donc pas étonnant que cette pratique suscite l’hostilité, notamment dans les zones non équipées.
Il déplore aussi une « législation trop floue face à un phénomène qui ne cesse de croître ». Bien que le Code de l’urbanisme, via un décret de 2015, encadre le camping sauvage, il reste toléré dans certaines conditions : ne pas troubler la tranquillité publique, ne pas polluer ou dénaturer les paysages, éviter les zones protégées ou historiques.
À lireVans aménagés ou camping-cars : chaque véhicule attire des profils de clients bien différentsToutefois, de nombreux lieux restent interdits, comme les plages, les sites classés ou les abords des monuments historiques.
Un manque à gagner pour les campings… mais une clientèle en hausse
Chaque année, près de 28 000 camping-cars débarquent en Corse. Selon l’Agence du Tourisme de la Corse (ATC), environ 7 000 pratiqueraient le camping sauvage, échappant ainsi aux infrastructures payantes. Résultat : un manque à gagner estimé à trois millions d’euros pour les professionnels de l’hôtellerie de plein air.
Malgré cela, la part des camping-caristes dans la fréquentation des campings ne cesse d’augmenter. Dans certaines structures, ils représentent jusqu’à 46 % de la clientèle, preuve de leur poids économique.
L’ATC elle-même, pourtant critique vis-à-vis du stationnement hors des zones aménagées, reconnaît que le phénomène est en croissance.
À lirePrès de Rouen, une aire de camping-car entièrement rénovée séduit les voyageursLe vrai problème ne semble donc pas être la présence des camping-cars, mais l’absence de régulation efficace. Sortir des chaises, déployer une table ou caler un véhicule hors d’un terrain autorisé : autant de gestes anodins qui tombent sous la définition de « camping sauvage ».
Une meilleure signalisation, des infrastructures adaptées et une sensibilisation des voyageurs pourraient limiter ces comportements tout en profitant à l’économie locale.

