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En France, plus de 600 000 camping-cars circulent aujourd’hui sur les routes, preuve de l’engouement croissant pour ce mode de voyage libre et autonome. Mais ce succès a une contrepartie : dans certaines communes, les camping-caristes se sentent indésirables. De nombreux maires adoptent en effet des arrêtés interdisant le stationnement nocturne des camping-cars, suscitant à la fois incompréhension et colère chez les voyageurs.
Des interdictions qui surprennent les vacanciers
En Bretagne, sur le littoral d’Ille-et-Vilaine, Didier pensait passer une nuit paisible face à la mer, à Hirel. Mais un panneau a vite douché ses espoirs : « Interdit aux camping-cars de 19h à 9h ». Déçu, il plie bagage et cherche en urgence un autre stationnement.
« On ne gêne pas, on ne pollue pas, on ramène nos poubelles, donc non, moi, je ne comprends pas », s’indigne-t-il auprès de TF1. Un sentiment d’injustice partagé par la plupart des camping-caristes.
Les arguments avancés par les maires
Côté municipalités, l’explication est différente. À Saint-Coulomb, le maire Jean-Michel Fredou assure que certains voyageurs transforment les parkings en campings sauvages : « Ils ont sorti la table, la chaise, et vas-y que je m’installe. À eux tout seuls, ils prenaient deux places de camping-car ».
À lireVans aménagés ou camping-cars : chaque véhicule attire des profils de clients bien différentsIl pointe aussi des nuisances comme des rejets d’eaux usées sur la voie publique. Pour les élus, ces arrêtés servent donc à protéger l’espace public et éviter les abus.
Une légalité contestée par les associations
Mais ces interdictions sont-elles légales ? Selon le Code de la route, un camping-car est un véhicule comme un autre. Patrick LaBlanche, président de la Fédération française des associations et clubs de camping-cars, rappelle :
« Nos camping-cars, ce sont des voitures, donc c’est comme si demain le maire interdisait toutes les voitures rouges. Ça, nous le combattons. On a 99 % de chances de réussite devant les tribunaux ». Effectivement, pas mal d’arrêtés municipaux ont déjà été annulés par la justice.
Les camping-caristes défendent un mode de vie
Pour les adeptes, le camping-car représente avant tout une liberté. « La liberté avec un camping-car, c’est de pouvoir partir à tout moment avec sa maison sur le dos. On s’arrête où on veut, tant qu’on ne gêne pas les autres », explique Daniel Courel, président de l’Union des camping-caristes de France.
Il admet que certains voyageurs ne respectent pas toujours les règles, mais dénonce une stigmatisation excessive : « Les mairies ne doivent pas faire de discrimination. Si on interdit les camping-cars, alors il faudrait aussi interdire les camionnettes ».
Des alternatives pour concilier liberté et règles locales
Il ne s’agit aucunement d’une déclaration de guerre. La preuve : de nombreuses communes investissent dans des aires dédiées. À Hirel, par exemple, 120 emplacements payants, équipés d’eau et d’électricité, sont proposés aux camping-caristes.
À lirePrès de Rouen, une aire de camping-car entièrement rénovée séduit les voyageurs« Je suis tranquille, il y a l’eau, on peut vider les sanitaires, c’est quand même agréable », se réjouit une vacancière. Ces aires permettent aux municipalités de canaliser l’afflux, tout en générant des retombées économiques via la taxe de séjour.
Un débat entre surtourisme et liberté individuelle
L’essor du camping-car, accéléré depuis la crise sanitaire, a renforcé la pression sur certains territoires touristiques. Comme en Norvège, où une taxe de séjour a été mise en place pour limiter le surtourisme, la France cherche un équilibre entre liberté de voyager et préservation des espaces.
Pour l’heure, les camping-caristes continuent de dénoncer des arrêtés qu’ils jugent abusifs, tandis que les communes défendent leur droit à réguler le stationnement.

